dimanche 18 décembre 2011

CLAUDETTE DEFAYE


 Claudette Defaye n’a pas la langue dans sa poche. Mais qu’il fait bon parler auprès de cette blonde de caractère. Qui ne capitule jamais.



«Je ne me confine pas dans le passé. Je le fais si peu que j’ai parfois peur d’oublier toutes les rencontres faites», souligne la toujours pimpante Claudette Defaye (65 ans). C’est certain, l’ancienne speakerine de la TSR n’a rien d’une radoteuse. Si elle a quitté la télévision depuis cinq ans, elle ne ressasse pas le passé. Au contraire. La sexagénaire préfère regarder de l’avant, et profiter de la vie. Le passage sur terre est si court. «Aujourd’hui, je peux regarder la mort lucidement, mais j’en ai eu peur pendant longtemps. Ici, à Savièse, il y a une très bonne manière de vivre avec la mort: le cimetière est autour de l’église. J’y rencontre toutes les veuves du village; on va toutes arroser nos Jules. C’est l’endroit où l’on cause. Alors, avec le temps, la peur de la mort s’en va. Ici, la mort n’a rien de lugubre. Elle fait partie de la vie.»

Claudette Defaye sourit. Depuis la mort de son mari Christian Defaye -- le monsieur Cinéma de la TSR -- en 1997, hormis quelques allers et retours à Genève, elle n’a plus quitté Savièse. Un lieu que son défunt époux aimait beaucoup. Un lieu dont elle a adopté la devise des habitants: «Pa caponna» en patois, soit «Ne pas capituler», en français.

La devise colle bien à la peau de cette battante à la tête dure. Car, sous son physique frêle, la blonde dame a du caractère. «Sur le plateau de «Spécial Cinéma,» c’était Christian qui dirigeait, mais dans la vie, c’était souvent moi.»

Quand elle parle de son défunt mari, elle a encore les yeux qui brillent. Et ne peut laisser échapper une pointe d’admiration pour cet homme qui «lui a ouvert un univers totalement différent du sien». «Quand j’ai rencontré Christian, c’est comme si, tout à coup, un voile se déchirait et je voyais plein de choses que je ne percevais pas avant.» La jeune Claudette, si inhibée et timide, a alors pu s’ouvrir à toute une culture insoupçonnée. Peu à peu, elle a plongé dans l’univers incroyable des comédiens et réalisateurs. «J’ai tellement de souvenirs avec des personnes incroyables, comme Clint Eastwood. Quelle classe, cet homme!»

«J’étais tarte à 24 ans»

Peu à peu aussi, la speakerine acquiert des connaissances. «Quand je pense comme j’étais tarte quand j’ai commencé à la TSR! J’avais 24 ans et il y avait des questions de culture générale élémentaires auxquelles je ne savais pas répondre», dit-elle, sans indulgence, en revoyant son image de jeune fille en fleurs à la fin des années 60. Christian Defaye aura été son «guide intellectuel», comme elle le souligne joliment. «Je ne cherchais plus un prince charmant à cette époque. J’ai eu cette envie de conte de fées enfant, mais plus les années passaient, moins je l’avais.»

Et puis, la robe blanche à dentelles, le mariage solennel à l’église et les centaines d’invités, «bref, tout le tintouin», Claudette y avait eu droit à 25 ans. Son union avec un jeune Valaisan aura duré deux ans. «Je n’étais pas pour le mariage; en fait, je n’ai jamais été pour. Mais j’ai dit oui de guerre lasse, parce que je n’avais pas assez de caractère à ce moment-là pour dire non.»

La speakerine, qui découvrait alors la vie genevoise, ne rêvait que de rencontres, de découvertes d’autres milieux, d’autres mentalités. «J’avais des parents valaisans, un mari valaisan, une mentalité valaisanne… Une personne m’a dit un jour: Décidément, vous n’en sortirez jamais de ce Valais; vous n’avez pas beaucoup d’imagination.» Alors, quand elle rencontre Christian Defaye, c’est le flash. «Quand quelqu’un comme lui arrive sur votre route, vous ne réfléchissez pas trop longtemps. Car c’est un grand Orient Express qui passe, et il ne faut surtout pas le manquer.»

La-petite-fille-gâtée-et-protégée-par-ses-parents a donc décidé d’embarquer. Pour le meilleur.

Le deuil de la maternité

Sur le trajet pourtant, elle devra faire face au chagrin de ne pas devenir maman. Claudette Defaye fait deux fausses couches et, un beau jour, l’âge aidant, elle doit finalement renoncer à la maternité. «Cela a été assez dur à gérer, je le reconnais. Surtout que je n’avais pas voulu faire carrière à la télévision pour pouvoir m’occuper pleinement de mes enfants.» Mais la battante reprend le dessus. «Je me suis dit que c’était peut-être pas mon destin d’avoir des enfants et qu’il fallait que j’arrête de me lamenter; il fallait que j’avance.»
Avancer, encore et toujours. C’est la force de Claudette. Ne pas vivre dans le passé -- «J’ai appris à mettre le couvercle dessus» -, ni dans les regrets. «L’autre jour, mon frère m’a dit: Ah maintenant tu n’es plus une vedette! Mais cela ne me pose aucun problème.» Car la dame sait que l’essentiel est ailleurs. Hors de la petite lucarne. «Notre pouvoir est né des micros, des écrans. Il est éphémère. Une fois liquidé, on n’est plus rien. A peine un souvenir». C’est une phrase de Christian. Je l’aime bien. Ce n’est peut-être pas une fin joyeuse, mais elle est lucide. Et si on s’arrange avec cette fin, on s’arrange avec la retraite». Claudette, une retraitée bien dans ses escarpins.

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