dimanche 25 décembre 2011
JEAN FERRAT
Biographie DE JEAN FERRAT
Sa jeunesse
Le père de Jean Ferrat, Mnacha (dit Michel) Tenenbaum, est un artisan joaillier qui composait pièces et parures pour des commanditaires parisiens. Né en 1886 à Ekaterinodar (aujourd’hui Krasnodar), il émigre de Russie vers la France en 1905, y obtenant sa naturalisation en 1928. Entre-temps, il épouse Antoinette Malon, originaire du Puy-de-Dôme, ouvrière dans une entreprise de fleurs artificielles. Après son mariage, celle-ci quitte son emploi pour élever les quatre enfants du couple : Raymonde, Pierre, André et Jean, le cadet, d’une vingtaine d’années plus jeune que Raymonde, l’aînée. En 1935, la famille s’installe à Versailles.
Le chanteur est fortement marqué par l’occupation allemande. Il a onze ans lorsque son père, Juif non pratiquant, est enlevé aux siens, séquestré au camp de Drancy, puis déporté (le 30 septembre 1942) à Auschwitz, dans le cadre de la Solution finale — Ferrat évoque cet enlèvement dans la chanson Nul ne guérit de son enfance. L’enfant est caché un moment par des militants communistes, puis la famille (Jean, sa mère, sa sœur et ses frères) se réfugie en zone libre, à Font-Romeu. Il y reste deux ans, et y suit sa sixième et sa cinquième. Jean retourne ensuite vivre à Versailles avec sa tante. Il y poursuit ses études au collège Jules-Ferry (aujourd’hui lycée Jules-Ferry). En juin 1944, la famille décide de les faire retourner en Cerdagne afin d’éviter les affrontements qui s’annoncent, liés à la Libération. Mais, arrivés à Perpignan, ils reçoivent l’instruction de ne pas terminer le trajet : sa sœur est retenue par la Gestapo à la citadelle de Perpignan, tandis que l’un de ses frères se cache dans la montagne et que sa mère est interrogée par la Gestapo. Jean et sa tante logent alors à l’hôtel pendant un peu plus d’un mois, jusqu’à ce que sa sœur soit libérée. La famille gagne alors Toulouse, où elle est logée un temps par les parents de la belle-sœur de Jean, puis chez une famille de paysans dans l’Ariège, grâce aux réseaux de résistants dont fait partie le beau-père de Pierre Tenenbaum, Marcel Bureau.
À seize ans, il doit quitter le collège pour aider financièrement sa famille. Sans diplômes ni expérience, il est embauché comme aide-chimiste. De manière à progresser, il prend des cours du soir puis poursuit pendant plusieurs années un cursus au CNAM aux fins de devenir ingénieur chimiste. Il quitte définitivement ce milieu en 1954 pour celui de la vie de bohème et, principalement, des cabarets de la Rive droite.
Ses débuts dans le monde du spectacle.
Attiré par la musique et le théâtre, il entre dans une troupe de comédiens au début des années 1950, compose quelques chansons et joue de la guitare dans un orchestre de jazz. Il passe sans grand succès quelques auditions, fait des passages au cabaret sous le nom de Jean Laroche, et, ne se décourageant pas, décide de se consacrer exclusivement à la musique.
En 1956, il met en musique Les yeux d’Elsa, poème de Louis Aragon dont il sera toute sa vie l’admirateur. C’est André Claveau, alors fort en vogue, qui interprète la chanson et apporte un début de notoriété à Jean, qui se produit au cabaret parisien La Colombe de Michel Valette, en première partie de Guy Béart.
En 1958, il sort chez Vogue son premier 45 tours EP, qui ne rencontre guère de succès. Une jeune chanteuse, Christine Sèvres, qu’il rencontre en 1956, reprend quelques-unes de ses chansons. Il l’épouse fin 1960, après 3 ans de cohabitation.
C’est la rencontre en 1959 de Gérard Meys, qui devient son éditeur et son ami, qui lance sa carrière. Il signe chez Decca et, l’année suivante, sort son second 45 tours EP avec la chanson Ma Môme, son premier succès, et passe sur toutes les ondes. Pratiquement en même temps, RCA publie un 45 tours EP des 4 chansons qu’il a enregistrées sous le pseudo de Noël Frank, qui n’aura aucun succès. C’est après avoir vu sur une carte de France la ville de Saint-Jean-Cap-Ferrat, qu’il décide de s’appeler Jean Ferrat, plutôt qu’encore Jean Laroche (un nom alors utilisé par un autre artiste sur scène).
Une autre rencontre décisive aura lieu avec Alain Goraguer, qui signe ses premiers arrangements sous le pseudonyme de Milton Lewis et qui deviendra l’arrangeur des chansons de tous ses albums.
Le photographe Alain Marouani, rencontré chez Eddie Barclay, suivra Ferrat durant toute sa carrière en signant la très grande majorité de ses photos.
Son premier 33 tours sort en 1961 et reçoit le prix de la SACEM.
Commence alors sa longue carrière, émaillée de difficultés avec la censure exercée par les dirigeants de la radio et de la télévision. En effet, Jean Ferrat a toujours été un chanteur engagé à l’esprit libre. Il écrit ses propres textes et met en musique ceux de ses paroliers ou amis poètes, dont notamment Henri Gougaud, Georges Coulonges ou Guy Thomas.
En 1962, il fait la connaissance d’Isabelle Aubret : un véritable coup de foudre amical a lieu entre les deux artistes. Ferrat écrit pour elle Deux enfants au soleil, qui devient un des titres majeurs de la chanteuse, et lui propose la première partie de la tournée qu’il commence. En 1970, il compose une chanson sur des paroles écrites par Philippe Pauletto et intitulée Tout ce que j’aime. Quelques mois plus tard, cette chanson sera interprétée aussi par Isabelle Aubret.
Au début des années 1960, il compose, sur des paroles de Michelle Senlis pour Jacques Boyer et Jean-Louis Stain, une chanson qui, réécrite partiellement dans les années 1970, devient Mon vieux, interprétée par Daniel Guichard. Le succès de cette chanson n’a jamais cessé.
En 1963, il rejoint le label créé par Eddie Barclay. Ce dernier dira de lui en 1988: « C’est un artiste, un grand, capable de tout chanter, la politique, l’amour, les femmes, la vie. Il n’y a guère que cela pour m’intéresser : les capacités de l’Artiste. » (« Que la fête continue », Eddie Barclay, Robert Laffont, 1988).
La même année, il produit Nuit et brouillard, une chanson en mémoire des victimes des camps de concentration nazis de la Seconde Guerre mondiale, et en particulier en mémoire de son père, Juif émigré de Russie mort à Auschwitz16, qui lui vaut le grand prix du disque de l’Académie Charles-Cros.
Compagnon de route du PCF sans jamais en avoir été membre, il garde ses distances avec Moscou et, en 1968 avec la chanson Camarade il dénonce l’invasion de Prague en 1968 par les troupes du Pacte de Varsovie. Avec son ami Georges Coulonges, il y préfère la révolte des humbles, des simples gens. Opposé à l’orientation pro-soviétique prise à l’issue du vingt-troisième congrès du Parti communiste en 1979, il fustige dans la chanson Le bilan, la déclaration de Georges Marchais, secrétaire général du PCF, qui évoque alors -- en 1979 -- un bilan globalement positif des régimes dits socialistes. Il apporte néanmoins son soutien à Georges Marchais lors des élections présidentielles de 1981, expliquant quelques années plus tard, dans la chanson Les cerisiers (1985), les raisons pour lesquelles il est demeuré fidèle à la mouvance communiste.
Il accuse le système commercial qui fait passer les considérations financières avant l’art des artistes créatifs. Publiant des lettres ouvertes aux différents acteurs de la vie culturelle, présidents de chaînes, ministres, il dénonce une programmation qui selon lui privilégie les chansons « commerciales » plutôt que les créations musicales et poétiques.
Il était membre du comité de parrainage de la Coordination française pour la Décennie internationale de la promotion d’une culture de non-violence et de paix ainsi que du Mouvement contre le Racisme et pour l’Amitié entre les Peuples.
Jean Ferrat, dès ses débuts, oriente son inspiration dans deux directions : l’engagement social (il est proche du PSU puis du Parti communiste français) et la poésie. « Je ne chante pas pour passer le temps ». Ferrat a mis en musique de nombreux poèmes de Louis Aragon, et a tout au long de sa carrière cherché à donner à ses chansons une signification militante derrière le texte populaire.La SACEM (Société des auteurs, compositeurs et éditeurs de musique) a dans son hommage tenté de rendre compte du foisonnement de son inspiration et de la diversité des personnages croisés dans son répertoire: « … C’était le temps où les chansons parlaient de bourgeois, de croquants, d’anars et de blousons noirs, et Jean y fit entrer des ouvriers, des paysans, des déportés, des mutinés, des guérilleros, des communards, des étudiants, des profs, des peintres, des maçons, des nomades, des demoiselles de magasin et autres minorités émouvantes – on ne parlait pas encore de « foules sentimentales ». … »
Censures à la télévision et à la radio
Il évoque la déportation par les Nazis, à une époque où la diplomatie préfère occulter ce passé récent (la France et l’Allemagne étaient en pleine phase, stratégique, de réconciliation). Le passage de sa chanson Nuit et brouillard est « déconseillé » par le directeur de l’ORTF, mais le public suit, et l’album Nuit et brouillard obtient le prix de l’Académie Charles-Cros.
Il chante dans La montagne l’Ardèche, région chère à son cœur, et fait de cet hommage à la France paysanne un de ses plus grands succès. En 1973, il s’installe définitivement à Antraigues-sur-Volane, où il possède une maison depuis 1964, et qu’il ne quittera plus, y devenant même, en 1977, conseiller municipal et adjoint au maire durant deux mandats.
À la sortie de l’album Potemkine, les problèmes de censure recommencent, Georges Coulonges, le parolier de la chanson-titre a pourtant pris des gants, il écrit « M’en voudrez vous beaucoup… ». Dans son autobiographie, il indique « Pourquoi demander au public s’il m’en voudrait d’écrire ma chanson? On l’a compris : ce n’était pas à lui que la question était posée. C’était aux antennes vigilantes de la radio, de la télévision gaullienne. J’avais des raisons de me méfier d’elles ».
En 1966, il est interdit de petit écran en raison de sa candidature sur la liste PCF aux élections municipales d’Antraigues (Ardèche).
Après un voyage à Cuba qui le marque profondément et d’o »ù il rapporte ses célèbres moustaches, c’est Mai 68 et ses « événements » qu’il vit intensément. Jean Ferrat retourne à sa passion pour la poésie ; il met en musique Louis Aragon d’une façon magistrale.
Le 16 mars 1969, Jean Ferrat est invité à l’émission de Jean-Pierre Chabrol, L’invité du dimanche, ainsi que Georges Brassens et Jacques Brel. En plein débat d’idées, le chef de plateau arrive avec une ardoise où il est écrit à la craie : « Ordre de la direction, que Jean Ferrat chante, mais qu’il ne parle plus ». Un tollé général s’ensuit et toute l’équipe est renvoyée. Jean Ferrat ne fera plus de télévision pendant près de 3 ans à la suite de cet événement.
En 1972, il fait, au Palais des Sports de Paris, ses adieux à la scène, qu’il juge « trop dure physiquement ».
Antraigues-sur-Volane
Jean Ferrat est venu habiter la commune d’Antraigues-sur-Volane (près de Vals-les-Bains) en Ardèche, où il connaissait le maire communiste et peintre Jean Saussac, dont il devint l’adjoint au maire à la culture. Ce lieu lui a inspiré la chanson La montagne, enregistrée le 12 novembre 1964 à 9 heures du matin.
Son épouse, Christine Sèvres, née Jacqueline Christine Boissonnet, meurt en 1981, à l’âge de 50 ans.
Elle avait eu, née en 1953 de son premier mariage, une fille, Véronique Estel, qu’il a connue à l’âge de 3 ans et qu’il considère comme sa fille.
Christine et lui avaient chanté ensemble le seul duo de la carrière de Ferrat : La Matinée.
Il se remariera vers 1990, avec Colette, qui l’accompagnera jusqu’à la fin.
Dans les années 1970, Jean Ferrat se fait plus rare. Chaque nouvel album est un véritable événement et ses chansons sont commentées comme de véritables prises de position intellectuelle. Il affectionne les chansons qui font passer des messages forts tout en reposant sur un texte subtil et imagé au point d’en devenir parfois allégorique, comme la chanson Et pour l’exemple, signée par Philippe Pauletto.
Durant ces années-là, Ferrat fustige les guerres coloniales, dans Un air de liberté (1975), attaquant nommément Jean d’Ormesson, éditorialiste au Figaro, et suscite encore la polémique.
Dans la chanson Un jeune, un an après l’élection de Valéry Giscard d’Estaing à la Présidence de la République, Ferrat se moque des jeunes militants du parti politique présidentiel, les Républicains indépendants.
Il est encore une fois en phase avec son temps, rappelant, dans La femme est l’avenir de l’homme, la proximité entre deux importants combats révolutionnaires : la lutte sociale et la lutte féministe en plein essor.
Polygram rachète son catalogue à la fin des années 1970. Désireux de ne pas dépendre de la major, il entreprend de réenregistrer tous ses titres et sort une compilation de 11 volumes en 1980. Son album « Ferrat 80 » fait alors sensation et reflète le recul de plus en plus grand qu’il prend vis-à-vis de l’URSS, ainsi que sa dénonciation du stalinisme, dans la chanson Le bilan (1980).
Il est candidat sur la liste PCF de Robert Hue aux élections européennes de 1999, inscrit Jean Tenenbaum dit Jean Ferrat. En 2007, Jean Ferrat a soutenu José Bové pour l’élection présidentielle. En 2010, il a apporté son soutien à la liste présentée par le Front de gauche en Ardèche aux élections régionales

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