Couacs et fous rires dans les coulisses de «Mayen 1903»
Mis en ligne le 11.09.2003 à 00:00
AVANT-PREMIÈRE Pour «L'Hebdo», Béatrice Barton a levé un pan de voile sur les aventures télévisées de la famille Cerf, replongée en 1903 au val d'Anniviers. Françoise Boulianne a été séduite.
L'Hebdo; 2003-09-11
Couacs et fous rires dans les coulisses de «Mayen 1903»
AVANT-PREMIÈRE Pour «L'Hebdo», Béatrice Barton a levé un pan de voile sur les aventures télévisées de la famille Cerf, replongée en 1903 au val d'Anniviers. Françoise Boulianne a été séduite.
Dans les forêts au-dessus de Grimentz, les cerfs sont en rut. La chasse sera ouverte le 15 septembre. Sur place, l'équipe de la Télévision suisse romande est vaguement inquiète. Mais pour d'autres Cerf: la famille jurassienne qui, depuis le 11 août, vit et travaille durement dans un mayen haut perché, sous l'oeil de six caméras. Il se trouve que les filles ont, comme le Petit Chaperon rouge, passé du temps à cueillir des fruits rouges, framboises ou myrtilles. Et même parfois (chut!) à jouer aux cartes dans l'unique chambre de la maisonnée. La litière pour l'hiver va manquer et la bourrette qui sert à allumer le feu, de même. Il ne faut pas qu'Isaline, Anouk, Cléa ou Margaux risquent de se faire tirer dessus en allant quérir dans la nature ces indispensables réserves. Les chasseurs ont été briefés. Les Cerf aussi. Mais lors de notre passage, il y a quelques jours, ils n'avaient pas encore commencé à mettre les bouchées doubles. Il faut dire qu'ils préparaient la désalpe des moutons, un des grands événements de cette saison qui va, pour eux, durer deux mois, jusqu'à la mi-octobre. Dans l'isolement et à près de 2000 mètres d'altitude.
feuilleton documentaire Mayen 1903, l'anti-Loft rebaptisé «feuilleton-documentaire» par la TSR, sera à l'antenne dès le 19 septembre et pour dix semaines. Un pari, risqué selon Béatrice Barton, initiatrice du projet. Plaira-t-il? Horripilera-t-il? Ou pire, sera-t-il reçu dans l'indifférence? Le suspense est lourd de conséquences. Car si son plan marche, la cheffe de l'unité Société et Services lui a déjà imaginé une foule de déclinaisons. Pourquoi pas un groupe de jeunes gens d'ici creusant un puits dans le tiers monde? Un regard glissé dans un atelier de l'industrie de précision du Locle? «Si on garde à l'esprit l'éthique journalistique, cela est envisageable», souligne-t-elle, toujours passionnée.
«Mayen 1903 a mon entier soutien, tient à préciser Gilles Marchand, patron de la TSR. Sans cela, il ne se serait pas fait. Le concept correspond à ce que nous sommes, puisque nous suivons une voie plus documentaire que scandaleuse, ce qui n'empêche nullement l'émotion.» A partir de quelle audience serait-il satisfait? «Question piège, renâcle-t-il. Mais, pour un prime time, nous sommes déçus lorsqu'elle n'atteint pas 20%.»
Charme et sourires Pour taquiner le succès, l'équipe de Mayen 1903 travaille sans s'économiser depuis mars dernier. Le casting des héros du feuilleton s'est fait au coup de coeur, parmi une centaine de familles romandes candidates. Bien joué: Philippe Cerf et les siens sont beaux. Et charismatiques. A voir quelques-unes des images on se croirait, tant les éclairages sont réussis, dans une toile de Georges de La Tour.
Le père, Philippe, maçon dans la vie civile, jure et sue comme un Clint Eastwood transporté à l'alpage. La mère, Marie-Noëlle, fichu noué sur ses cheveux, évoque Nathalie Baye dans Le Retour de Martin Guerre. Les quatre filles, pour n'être pas nées du docteur March, ont un tempérament de feu, tour à tour mutines, complices, languissantes d'amour ou courageuses. Elles ont du reste composé une chanson de leur cru dans laquelle elles claironnent leur envie de tenir le coup, bien qu'elles vivent revêtues de robes d'époque qui grattent, dans un mayen sans eau et sans électricité où il y a du savon de Marseille mais pas de chocolat. «On se débrouille comme ça, on fait avec ce qu'on a. On ne sait pas si on y arrivera, en tout cas on va tout faire pour», braillent-elles devant une caméra en se tenant les coudes. Leur chanson sera-t-elle dans le top 50? Béatrice Barton compte en tout cas la mettre sur le site internet de la TSR, avec d'autres petites scènes brutes qui ne feront pas partie du montage final.
Concessions potagères Sur ces images à peine entrevues - la productrice ne veut rien déflorer de la dramaturgie de la série - on remarque la première entorse au concept 1903: une guitare. Anouk, 16 ans, la seule des filles qui n'était pas terriblement motivée à vivre l'expérience du mayen, a supplié l'équipe de ne pas la priver de son instrument favori. Ce fut d'accord, comme pour le papier WC, les sous-vêtements du XXIe siècle et même - péché d'indulgence ou erreur dans les achats?- un kilo de sucre blanc pour faire des caramels. Par contre, un jour, l'équipe aux commandes dans le container inconfortable depuis lequel elle suit de loin l'aventure a eu un haut-le-coeur. Quoi, les Cerf s'étaient procuré des tomates, aliment prohibé puisque inconnu alors au val d'Anniviers? Vérification faite, il s'agissait de carottes que la famille s'était amusée à rebaptiser tomates parce qu'elle mourait d'envie d'en déguster de bien rouges, accompagnées peut-être - on peut toujours rêver - d'une bonne huile d'olive et de mozzarella.
Bible et improvisation Il faut dire que Béatrice Barton et ses collègues, même si leurs hôtes du mayen doivent pâtir de leur érudition, sont devenus imbattables en ce qui concerne les petites choses de la vie d'un paysan de montagne valaisan au début du siècle dernier.
L'ethnologue Bernard Crettaz a opéré comme consultant. Valérie Rusca, scénariste, a épluché une vraie bible: une thèse de 800 pages décrivant par le menu regains, fabrication du fromage, tonte des moutons, soins aux animaux, au potager et au vignoble. Elle en a fait une sorte d'almanach, censé guider les Cerf dans leur vie nouvelle, eux qui viennent de Courtemaîche, Jura. «Je suis très vexée, rit-elle, parce qu'ils l'ont à peine lu et préfèrent improviser.» Reste que vigne en versanne (un système de culture en tranchées et de repiquage) ou rèze (un vin des glaciers fait à partir de très vieux cépages) n'ont plus de secrets pour les sept membres de l'équipe de la TSR basée depuis un mois près de Grimentz. A les entendre disserter sur la nécessité d'arroser en bisse avec de l'eau propre (l'eau sale va plus vite et se gaspille sur la parcelle du voisin) ou sur le planning du lendemain, la journaliste invitée à leur table se sent joyeusement dépaysée.
Poules et football Les anciens du val d'Anniviers le sont aussi. Servant d'experts à l'intention de la famille Cerf, ils se disputaillent parfois pour savoir où s'arrêtaient les bas de laine à leur époque. Résultat: au-dessus du genou pour les riches et au-dessous pour les pauvres, qui comptaient à la pelote près et n'envoyaient pas tous leurs enfants en même temps à la messe, faute de paires de chaussures suffisantes. Ils ne revivraient pour rien au monde tout cela, comme le prouve la bergère Edith, rencontrée par hasard à l'apéro: un physique à la Micheline Presle, joliment maquillée, elle portait un collier de perles après avoir gardé, pendant la journée, ses 400 moutons.
C'est pourquoi les gens de là-haut s'enthousiasment pour les anachronismes voulus et assumés par la TSR. Il arrive qu'un VTT traverse l'écran. Margaux, citadine de 6 ans, adore les petites poules rousses, Fifi et Camille, au point qu'elle les habillerait bien. Cléa, 10 ans, est fan de foot et envoie de formidables shoots avec la balle qu'elle a tricotée avec ses soeurs.
Tout cela promet d'émouvantes aventures. |
http://www.rts.ch/g/1eYs









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