samedi 2 février 2013
LE MALI
Représailles contre les touareg
Les nomades risquent de payer cher leur alliance avec les djihadistes : l'armée malienne exécuterait les "suspects". Paris lance un appel au calme.
La reconquête du nord du Mali avance : après avoir libéré Gao, les troupes françaises et africaines ont pris Tombouctou, lundi 28 janvier. Bombardés, les djihadistes ont préféré fuir dans le désert, d’où ils pourraient lancer des opérations de guérilla. En attendant, la population en liesse accueille les soldats de l’opération Serval. Les Maliens n’avaient jamais accepté la charia de ces djihadistes à des années-lumières de leur islam. Reste que la fête pourrait être gâchée par une « épuration » : accusés d’avoir collaboré avec les islamistes, les Touareg seraient déjà victimes de représailles de la part de soldats et de civils maliens. Selon la Fédération internationale des droits de l’homme (FIDH), à Sévaré, entre une dizaine et une trentaine d’« islamistes présumés » auraient été exécutés et jetés dans des puits par des soldats maliens À Niono, un marabout touareg aurait été abattu. Faut-il craindre des punitions à grande échelle contre les nomades du désert ? Le chef de Ganda Koy, une milice progouvernementale qui s’était déjà illustrée par des exactions contre les Touareg dans les années quatre-vingt-dix, vient de déclarer qu’il considère tout Touareg comme « suspect » : « Il n’y a personne qui ne soit pas complice ». À la soif de revanche des soldats maliens, humiliés en 2012 par les djihadistes, s’ajoute le vieux conflit entre éleveurs nomades et agriculteurs sédentaires : Ganda Koy signifie « ceux qui possèdent la terre ». Il faut une longue cuillère pour dîner avec le diable, et les Touareg l’apprennent à leurs dépens.

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