En dépit des menaces de représailles de la Turquie, l’Assemblée nationale a adopté, ce jeudi 22 décembre 2011, la proposition de loi punissant d’un an de prison et 45 000 euros d’amende la contestation des génocides reconnus par la France, dont celui des Arméniens en 1915. En réponse, Ankara a rappelé son ambassadeur et estimé que ce vote ouvre des "plaies irréparables".
Selon Ara Toranian, co-président du Conseil de coordination des organisations arméniennes de France, l’adoption de ce texte "est une victoire pour la démocratie, parce que cela élève un petit peu plus le seuil de tolérance par rapport aux exactions que sont le racisme, l’antisémitisme ou le négationnisme, qui relève de la même nature d’infraction. Pour la communauté arménienne, cela a apporté une protection, bien sûr, parce que nous sommes face à un négationniste d’Etat. Il y a toute une série d’actes négationnistes en France qui sont téléguidés par la Turqui,e soit directement, soit à travers un certain nombre de relais qu’elle essaie de mettre en place en France, et qui sont dirigés contre la vérité du génocide arménien. Alors, cela touche, bien sûr, la communauté arménienne dans sa dignité, cela touche aussi la connaissance que l’on peut avoir sur le premier génocide du XXe siècle, qui a été une espèce de génocide fondateur, un génocide banc d‘essai qui a permis à d’autres génocides de pouvoir avoir lieu, en particulier celui de la Deuxième Guerre mondiale".
Il faut savoir, poursuit notre invité, qu’"au moment du génocide arménien, il y a un modus operandi qui a été exécuté, en particulier avec un certain nombre d’officiers allemands qui ont encadré les officiers turcs. Et cela a été une espèce de répétition générale d’un certain nombre d’événements qui se sont reproduits par la suite. Tout cela est peu reconnu dans l’histoire officielle. Et on a un négationniste de la Turquie dont on a vu comment il s’est manifesté avec force ces derniers jours, puisqu’elle met tous ses moyens d’Etat en œuvre pour occuper cette vérité, pour la faire taire, parce qu’évidemment, dans la nature du criminel, il s’agit toujours d’effacer son crime".
"La Turquie moderne est criminelle. Je le dis et je l’assume dans la mesure où elle doit assumer la responsabilité de ce négationnisme, elle se fait complice de ce crime. Qu’est-ce qu’elle fait actuellement ? Elle fait pression sur l’Etat français pour interdire à la France finalement de légiférer sur ce qu’il est acceptable de dire ou pas acceptable de dire sur son propre territoire. Cela vous montre l’état de fanatisme et l’approche complètement névrotique de la Turquie par rapport à ce crime", estime Ara Toranian.
Actuellement, ajoute-t-il, "la violence des réactions de la Turquie montre que son degré d’intolérance là-dessus à quand même atteint un niveau exorbitant et hors de protection. Elle est prête à réduire ses relations avec notre pays au motif que notre pays considère que la négation du génocide des Arméniens - et d’autres génocides d’ailleurs. Parce que cette loi n’est rien d’autre que la transposition d’une décision-cadre de l’Union européenne - ce que l’on ne dit pas assez - et qu’elle est adaptée à la législation française. Cela concerne le génocide des Arméniens mais les autres aussi que la France pourrait être amenée à reconnaître".
Enfin, aujourd’hui, "l’argument électoraliste est avancé par la Turquie pour essayer de réduire le problème à cette dimension-là, et pour occulter tout le reste. Bien sûr, que les questions sociétales comme celle de la reconnaissance du génocide arménien comme celle des droits d’un certain nombre de minorités interviennent à ce moment privilégié de la démocratie que constituent les élections : c’est le jeu. Mais vous avez eu, ce matin, des députés de l’UMP, je pense au député du Raincy, qui est dans une commune où il y a dix fois plus de Turcs que d’Arméniens et qui a voté cette loi. Il y a quand même une cause derrière, un vrai combat des Droits de l’homme : un génocide qui a été occulté et que l’on voudrait continuer à occulter, quitte à détruire les relations avec l’Etat français" conclut Ara Toranian.

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