samedi 4 février 2012

LUCA MONGELLI



Affaire Luca: les arguments du procureur


Que dit l'ordonnance de 2004 qui a permis de classer l'affaire?

Alors que l'affaire Luca Mongelli dĂ©chaĂźne les passions jusqu'en Italie, obligeant le MinistĂšre public valaisan Ă  s'expliquer sur sa conduite des affaires lors d'une confĂ©rence de presse programmĂ©e ce jeudi, quels sont les arguments sur lesquels le procureur s'est basĂ© pour classer l'affaire en 2004? Un document, l'ordonnance de classement, signĂ© par ce magistrat, rĂ©sume les diffĂ©rents interrogatoires et expertises rĂ©alisĂ©s, ainsi que l'enquĂȘte de police.

DatĂ© du 26 fĂ©vrier 2004, ce texte retrace l'imposant travail d'enquĂȘte et d'interrogatoires rĂ©alisĂ© pour aboutir Ă  la conclusion que "les actes du dossier permettent d'affirmer (...) que le chien "Rocky" est Ă  l'origine des lĂ©sions constatĂ©es sur Luca Mongelli le 7 fĂ©vrier." Ce jour-lĂ , Luca, nĂ© en novembre 1994, avait Ă©tĂ© retrouvĂ© dĂ©vĂȘtu, blessĂ© et inanimĂ© sur un prĂ© enneigĂ©, en compagnie de son petit frĂšre Marco et de leur chien "Rocky".



Témoignage clé


L'ordonnance de classement relĂšve que Marco est le seul tĂ©moin des faits et qu'il a immĂ©diatement dĂ©clarĂ© que le chien s'en Ă©tait pris Ă  Luca, le mordant "partout partout", le faisant tomber et lui ĂŽtant ses vĂȘtements. Des propos jugĂ©s " fortement crĂ©dibles" par trois praticiens.

Autre Ă©lĂ©ment citĂ© Ă  charge du chien: une lĂ©sion sur une fesse de Luca "est compatible avec une morsure de force moyenne infligĂ©e par le chien "Rocky".(...) La conviction des experts est renforcĂ©e par la dĂ©couverte du matĂ©riel gĂ©nĂ©tique (ADN) de "Rocky"- et de lui seul - sur les multiples accrocs et dĂ©chirures des vĂȘtements portĂ©s par Luca au moment des faits."

Selon le procureur Dubuis, si l'intervention d'une tierce personne responsable du dĂ©shabillage prĂ©cipitĂ© de Luca ne peut ĂȘtre exclue, les experts relĂšvent qu'aucune investigation n'a permis de rĂ©vĂ©ler - au plan mĂ©dico-lĂ©gal - le moindre indice en faveur de l'intervention d'un tiers.



Assauts du chien


Le procureur a retenu que "dĂ©bordĂ© par les assauts de son chien, Luca a Ă©tĂ© obligĂ© de se dĂ©faire progressivement de ses vĂȘtements (...) afin de faire lĂącher prise Ă  l'animal."

Le mĂȘme magistrat met hors de cause les adolescents dĂ©signĂ©s comme possibles agresseurs par l'enquĂȘte du dĂ©tective mandatĂ© par la famille Mongelli.

Pour ce faire, il s'appuie sur le courrier des établissements scolaires de ces jeunes pour affirmer que ces adolescents étaient à l'école à Lausanne le 7 février jusqu'à 16 h 30 et qu'ils ne se sont pas ensuite déplacés à Veysonnaz.

Le procureur ajoute qu'aucune personne ne pouvant ĂȘtre inculpĂ©e au terme de l'instruction, la cause doit ĂȘtre suspendue par un classement.



POURQUOI LE DOUTE SUBSISTE


Face Ă  ce document, pourquoi la famille et entourage doutent encore de la responsabilitĂ© unique du chien? Parce que si l'on se penche attentivement sur les rapports d'enquĂȘte et d'expertises, certaines questions restent ouvertes.

Pourquoi le frÚre de Luca a-t-il d'abord accusé le chien, puis des humains? Pour de sordides questions d'assurance? Difficile à croire. Une pédopsychiatre mandatée par la justice et qui a réalisé la seconde audition du cadet, a conclu que Marco présente "un état de stress traumatique" , que " son récit et ses jeux évoquent des actes violents et à tonalité sexuelle" et que son "évaluation ne permet en aucun cas d'exclure la présence d'un tiers."

Marco, qui avait à peine 4 ans à l'époque, dira par la suite qu'il craignait des représailles des agresseurs. En 2004, à GenÚve, ne se sentant plus menacé, il les a désignés. En 2005, de retour en Italie, il ira jusqu'à les dessiner spontanément à l'école. Et surtout, aujourd'hui encore, lui et Luca mettent hors de cause le chien.

L'avis des vétérinaires

Quant à la lésion sur la fesse de Luca, est-elle vraiment le fait du chien? Tous les experts ne sont pas d'accord. Notamment canins. Sans exclure une attaque de chien, une vétérinaire comportementaliste mandatée par la justice déclare dans son expertise que les lésions et les hématomes constatés sont peu compatibles avec une telle agression, mais plutÎt le fait d'un animal excité, par exemple par "des cris d'enfants ou un conflit entre les enfants et une tierce personne."

Elle évoque aussi l'hypothÚse d'une interaction du chien sur l'enfant inanimé" et estime que l'aspect général du corps de Luca, griffé sur deux faces, ne fait pas penser à une agression canine.

Une autre vétérinaire, sollicitée par la justice, ne peut pas affirmer ni exclure que le chien est l'agresseur. Elle estime que " la localisation et la répartition des marques ne correspondent pas à une agression canine typique. "

Selon la famille, le frÚre de Luca aurait expliqué que des "méchants" ont recouvert Luca de neige et que le chien "Rocky" aurait enlevé la neige sur son grand frÚre.

Autre détail relevé par le détective mandaté par la famille: les documents attestant de la présence des adolescents à l'école à Lausanne se basent sur des horaires de cours, l'attestation de la direction, mais les feuilles de présence ne figurent pas au dossier. Qui dit vrai?

Demain, la conférence de presse du MinistÚre public devrait permettre d'éclairer, espérons-le, ces zones d'ombre.

Puis, Luca Mongeli prendra la parole aprĂšs la confĂ©rence de presse que donnera le MinistĂšre public au sujet de l’affaire qui le concerne.

"Luca s’exprimera lui-mĂȘme devant les journalistes. Il en a marre que ce soit toujours les autres qui parlent Ă  sa place… ", indique Fred Reichenbach, prĂ©sident de la Fondation Luca.

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