jeudi 7 février 2013

AUDREY HEPBURN


 LE FILS D'AUDREY HEPBURN: «JE L'APPELAIS SIMPLEMENT MAMMA»

HOMMAGE


LE FILS D'AUDREY HEPBURN: «JE L'APPELAIS SIMPLEMENT MAMMA»
Elle était le symbole même de la féminité, une icône absolue et une mère exemplaire. Vingt ans après sa disparition, le 20 janvier 1993 à Tolochenaz (VD), Luca Dotti (43 ans), son fils cadet, raconte Audrey Hepburn.

«J’étais tout petit, ici, en Suisse. Un jour, un type s’approche de moi et me demande: «Alors, c’est comment d’être le fils d’Audrey Hepburn?» J’ai répondu: «Vous vous trompez, Monsieur, moi, je suis le fils de Mme Dotti!» Il en rit encore, Luca Dotti, bientôt 43 ans. C’est pourtant bien lui, le fiston de «la brindille», comme la surnommait Gary Cooper, débutante oscarisée en 1953 dans Vacances romaines, puis inoubliable interprète de Moon River dans Diamants sur canapé.

L’image d’Audrey Hepburn est exemplaire. Pour une star de Hollywood, c’est rare. Une icône chic et glamour, mais humaine, drôle et tendre.

Cette éternelle amoureuse, née à Ixelles, dans la banlieue de Bruxelles, faisait palpiter le cœur des hommes. Elle se maria deux fois, dont la première avec l’acteur Mel Ferrer, rencontré sur scène, au théâtre. Leur fils Sean vit le jour à Lucerne en 1960. Leur union fut cependant orageuse et se solda par un divorce. Neuf ans plus tard, lors d’une croisière en mer Egée, elle céda au charme d’Andrea Dotti, un psychiatre italien de dix ans son cadet. Leurs amours passionnées débouchèrent sur la naissance de Luca, le 8 février 1970, à Lausanne, avant de s’éteindre et la star vécut ensuite, selon ses propres aveux, les plus belles années de sa vie auprès de Robert Wolders, un acteur hollandais. En concubinage.

À L’ABRI, EN SUISSE
Elle avait choisi la Suisse pour sa neutralité, convaincue que jamais une guerre n’y éclaterait. Elle qui, petite, avait adoré lire Heidi, idéalisait notre pays, notamment Gstaad, où elle se dénicha un modeste chalet. A Tolochenaz, elle jeta son dévolu sur une ancienne bâtisse baptisée La Paisible.

Depuis vingt ans, Audrey Hepburn repose dans le petit cimetière du village qu’elle aimait tant. Personne ne l’a oubliée. Les témoins se souviennent encore de la foule de 25 000 personnes qui assista à ses obsèques le 24 janvier 1993, quatre jours après sa mort consécutive à un cancer du côlon, à 63 ans.

A la différence de Sean Hepburn Ferrer (52 ans), son grand frère devenu producteur, qui connut un peu de la période paparazzis et accepta, à la mort de sa mère, de diriger la Fondation Audrey Hepburn pour les enfants, Luca Dotti a profité d’un traitement de faveur. «Jusqu’à l’âge de 35 ans, j’ai eu la chance de pouvoir mener ma propre vie», confie-t-il, reconnaissant.

Graphiste typographe de formation, Luca a notamment travaillé chez Stark, à Paris, puis il a migré à Rome. Divorcé une fois et remarié avec Dometilla Bertusi, une Lausannoise rencontrée en Italie (!), il est aujourd’hui le père de trois enfants: Vincenzo, né d’un premier mariage, Marta et Alice. Luca Dotti n’a succédé à son frère à la tête de la fondation que l’été dernier. Naturellement pudique, il est désormais (un peu) dans la lumière.

«Je l’appelais simplement Mamma», confie-t-il, ému, au sujet de sa mère, dans un français fleurant bon le Sud. Difficile de deviner son ascendance maternelle sur son visage d’adulte, barbu et un peu joufflu, même si le regard, la bienveillance et la drôlerie sont identiques.

La maison de Tolochenaz, où il a vécu, a été vendue. «C’était trop grand, confie-t-il. Aujourd’hui, ma mère serait ravie de la savoir occupée par une famille de sept enfants!» Des souvenirs avec sa mère, Luca en a partout dans le coin. Il se souvient encore de la réaction de ses copains la découvrant au naturel. «Un jour, l’un d’entre eux m’a dit: «Mais elle est géniale ta mère: elle est complètement normale!» Ses parents étaient convaincus qu’étant une célébrité, elle devait forcément se comporter de façon bizarre...»

FAN DE SPIELBERG
Dès l’âge de 5 ans, Luca se rend seul à l’école de Tolochenaz, à vélo. Il n’a pas 10 ans lorsqu’il voit pour la première fois un film avec sa mère: «C’était Sabrina, je crois. Il n’y avait pas encore de VHS. Mon père avait loué un projecteur. A un moment, ma mère embrasse son partenaire, mais moi, j’ai vu ma mère embrasser un mec! J’étais sûr que mon père allait piquer une crise.»

A la Paisible comme à Gstaad, Audrey Hepburn reçoit parfois des gens de cinéma, ses amis. «Je me souviens de Jimmy Stewart, poursuit Luca, de Diana Ross aussi, à Tolochenaz. A Gstaad, il y avait souvent Roger Moore. J’aurais tant voulu que ma mère joue la méchante dans un James Bond!»

Audrey Hepburn acceptera en revanche tout de suite de jouer un ange dans Always (1989), son dernier film, réalisé par Steven Spielberg. «J’étais à la maison quand elle a reçu le coup de fil lui annonçant qu’elle avait le rôle. Elle était tout excitée et m’a dit: «Tu te rends compte? Je vais tourner avec l’homme qui a fait E.T., c’est génial! Elle était si enthousiaste. Il faut dire qu’elle considérait Steven Spielberg comme un génie.»



«Ma mère serait ravie de savoir que cette maison est aujourd’hui occupée par sept enfants»

Luca Dotti


Parmi les proches de leur mère avec lesquels Luca Dotti et Sean Hepburn Ferrer sont restés en contact étroit, il y a le couturier Hubert de Givenchy et Doris Brynner, veuve de l’acteur Yul Brynner, Vaudoise d’adoption elle aussi. «Je la considère comme ma deuxième maman», confie Luca.

Grand fumeur comme sa mère – l’un de ses rares défauts –, Luca Dotti n’a pas oublié les rumeurs, souvent alarmistes, que la presse lançait sur elle, la disant dépressive sur la base de photos floues prises au téléobjectif, ou anorexique.

Que n’a-t-on écrit sur la silhouette d’Audrey Hepburn? Il est vrai qu’avec 40 kilos à peine pour 170 centimètres, cette ancienne danseuse classique donnait l’impression d’être en verre. Elle adorait manger, pourtant. Luca Dotti s’apprête à publier un livre de cuisine comprenant 40 recettes de sa mère, toutes accompagnées de savoureuses anecdotes. Elle qui avait connu, en Hollande, les privations de la guerre, allant jusqu’à bouillir des bulbes de tulipes «et même de l’herbe», précise son fils, pour se nourrir, avait failli mourir de faim. Sans le secours de l’UNICEF, à l’origine de son engagement, elle aurait succombé.»

Audrey Hepburn a choisi d’abandonner sa carrière d’actrice à 39 ans pour se consacrer aux enfants, les siens d’abord, puis ceux de l’UNICEF. Rares sont les célébrités qui ne traînent aucune casserole. Audrey Hepburn est une exception. L’acteur William Holden, son partenaire dans Sabrina (1954) et son amant, accessoirement, est sans doute celui qui l’a le mieux décrite en déclarant: «Audrey représente ce qu’il y a de bon et de juste en chacun de nous.»

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