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mercredi 6 février 2013
LUC MONTAGNIER
Luc Montagnier
À 21 ans, passionné par les micro-organismes, cet infatigable chercheur réalise un film de trente minutes sur les protozoaires et algues d’eau douce. Aujourd‘hui, le découvreur du virus du sida travaille sur un vaccin thérapeutique et lutte contre le stress oxydant.
Après avoir traqué le VIH (virus de l’immunodéficience humaine, HIV en anglais), le chercheur le plus connu de France repart dans un nouveau combat. De ses observations sur le sida, il est apparu que le stress oxydant aggravait les effets du virus. Un phénomène qui use nos cellules, comme du caout- chouc qui se craquellerait. Pour lutter contre ce stress, le Pr Luc Montagnier donne dans son livre, Les Combats de la vie (J.-C. Lattès), des pistes pour vivre mieux et plus longtemps, grâce à des alternatives naturelles qui renforcent nos défenses immunitaires. Attention, cerveau !
NAISSANCE. Le 18 août 1932 à Chabris, dans l’Indre. Son père, expert-comptable, veut que son enfant unique prenne sa succession. Hors de question, Luc veut faire médecine. « Tu pourras donc nous soigner plus tard », lui dit son père. Passionné par la recherche, le jeune Montagnier termine ses études de médecine, mais il n’exerce pas.
CHETIF. En 1940, à l’âge de 8 ans, en zone occupée, il souffre de la guerre, sa famille meurt pratiquement de faim. Il ne grandit pas pendant quatre ans.
CRISE. Lors de son premier jour d’école maternelle, il reçoit une ardoise. Luc ne peut pas la rapporter à la maison, il fait une scène.
SURDOUE. Il saute trois classes en primaire, obtient une dispense d’âge pour entrer au collège à Châtellerault (86). Après un bac passé à 15 ans, il mène de front médecine et des études de sciences naturelles : botanique, zoologie et géologie, à la fac de Poitiers.
COMA. À 5 ans, il est renversé par une voiture. Un choc qui le plonge deux jours dans le coma. Le conducteur est un chauffeur de la maison Rothschild. Plusieurs mois après l’accident, au tribunal, le président demande à « la victime du délit » de marcher. Luc s’exécute. Le chauffeur est relaxé. Son amnésie de l’accident le marque profondément. Il en gardera, entre autres, une cicatrice à la joue gauche.
PIANO. Enfant, il prend des leçons avec Mme Lapierre, professeur notamment de Jean-Claude Pennetier. Elle a connu Camille Saint-Saëns. Il aime les romantiques, Schubert, Chopin et la « musique pure » de Bach. Il joue aussi du ragtime.
SPORT. À son professeur d’éducation physique, il lance : « je préfère les versions latines et grecques plutôt que de marcher à quatre pattes dans la boue. »
VOYAGE. À 16 ans, il voit la mer pour la première fois à l’île d’Oléron, où ses parents achètent une maison.
PRESSE. Étudiant, il crée Kappa, un petit journal de vulgarisation scientifique.
CHIMISTE. Il monte un labo de chimie dans la cave de ses parents. Les dérivés nitriques, feux d’artifice et feux de Bengale ne lui explosent pas entre les mains.
TOILE. À 21 ans, il fait le tour des mares de la région de Poitiers et réalise un film au microscope de trente minutes sur les protozoaires et algues d’eau douce. Deux ans plus tard, il est assistant à la Sorbonne, dont un labo est localisé à l’Institut Curie. En face, la rue d’Ulm et sa cinémathèque. Il est fan des films muets de Fritz Lang et des débuts de la nouvelle vague (Le Beau Serge et Les Cousins, de Claude Chabrol).
MERVEILLE. En 1966, boursier, il participe au Japon à un congrès sur le cancer. Au retour, il s’arrête au Cambodge (avant la guerre avec les Khmers rouges) et visite les temples d’Ang- kor à vélo.
CIGARETTES. Son père fumait les feuilles de tabac que cultivait son grand-père pendant la guerre. Il préfère les blondes ou la pipe, qu’il abandonne en 1972, à son arrivée à l’institut Pasteur.
HISTORIQUE. Le 3 janvier 1983, il reçoit de l’hôpital Salpêtrière un morceau de ganglion prélevé dans le cou que le patient, un dessinateur de mode, trouvait inesthétique. En fin de journée, seul, il s’attaque au prélèvement et dissocie les cellules du ganglion pour les mettre en culture. Le virus du sida est isolé dans les semaines qui suivront.
VISITE PRIVEE. En 2002, Saïf al Islam, le fils Kadhafi, lui demande de visiter les appartements de Louis Pasteur, à l’Institut, où l’on peut voir les instruments avec lesquels il a mené ses recherches.
LIBYE. Il est invité par le ministre de la santé libyen pour étudier l’origine de la contamination des enfants infectés par le virus du sida dans l’hôpital de Benghazi. En 2003, il témoigne lors du procès des infirmières bulgares. En vain.
PAPAYOPHILE. Dès qu’il sent un rhume poindre, il met le contenu d’un sachet de papaye fermentée sous sa langue. En 2002, lors d’une audience privée avec Jean-Paul II pour évoquer le rôle de l’église dans la lutte contre le sida en Afrique, il conseille au pape, atteint de la maladie de Parkinson, trois sachets par jour. Une fuite de la prescription provoque les foudres de l’establishment médico-scientifique. De nombreuses personnalités le sollicitent pour bénéficier du même traitement.
ANNE-SOPHIE PIC
Quatrième du nom et seule femme actuellement à avoir trois étoiles au guide “Michelin”, elle a offert en premier cadeau à son fils une panoplie de couteaux et de fruits et légumes en bois. Qu’il a adorée.
Dans Scook, recettes pour recevoir (1), elle livre ses leçons de cromesquis au saint-marcellin, de magret de canard à la compote de cerise noire ou d’île flottante au citron vert. Sa cuisine lui ressemble, délicieuse, intuitive. Tout en équilibres. De fait, cette auto-didacte, officiant à Valence2 (26) se considère davantage comme une cuisinière que comme un chef.
NAISSANCE. Le 12 juillet 1969, à Valence. Prématurée, elle est transportée à Grenoble et placée en couveuse. Son père, en service, lui racontera : « Ce soir-là, les sauces étaient plus salées par les larmes que j’y avais versées. »
CONSENSUS. « Ma mère, Suzanne, voulait m’appeler Anne ; mon père, Sophie, comme sa grand-mère. »
ATAVISME. En 1891, son arrière-grand-mère prépare sangliers, lièvres, chevreuils et gibiers à plumes chassés par son mari et ses amis. Elle ouvre un café, au-dessus de Saint-Péray (07), et, quand son fils André lui succède, vers 1920, les premiers automobilistes font le détour pour son lièvre à la broche ou son boudin Richelieu. En 1934, la maison Pic reçoit sa troisième étoile. « Mon père Jacques, passionné de voitures, voulait ouvrir un garage, mais il a tout de même pris la relève de la maison au bord de la faillite, dissuadé par ma mère qui le trouvait trop timide pour le commerce. » En 1973, il récupère ses trois étoiles.
PREMIER SOUVENIR. « Les bruits de casseroles, les odeurs des cuisines, juste en dessous de notre appartement. Les écrevisses, les vessies de porc qui pendaient pour sécher… Mon père me défendait de m’approcher du feu, mais l’accès à la pâtisserie était libre. J’ai beaucoup chapardé de choux à la crème dans les frigos ! J’ai grandi dans un univers protégé, tendre, près d’un grand frère, Alain, de dix ans mon aîné, que je vénérais. »
FIDÈLE. En maternelle, elle rencontre son meilleur ami, Pierre, témoin de son mariage et parrain de son fils. Et elle voit toujours Marlène François, sa maîtresse de primaire,
qui lui a fait aimer l’école. « Douce et passionnée, elle m’avait offert un hamster, qui s’est échappé. On l’a retrouvé à l’économat, dans une boîte de noix, des semaines plus tard. Mon père était furieux ! »
DÉCOR. « J’ai “égayé” la cabine téléphonique rouge du restaurant avec des dessins et des fleurs enfoncées dans les petits trous des parois. Un style pas du tout apprécié par mon père ! »
NOËL. « Un soir, Charles Aznavour est arrivé à l’improviste alors que nous étions pleins à craquer. Il a pris la place du sapin. C’est un fidèle de la maison. »
HISTOIRE. « Je demandais sans cesse à ma mère de me raconter l’histoire d’un
petit cheval blanc qui se perdait. Certains habitués retardaient leur heure de réservation pour que ce soit elle qui prenne leur commande. »
VACANCES. « Dans les Landes, près de Mimizan, nous avions formé, avec les autres enfants, une brigade de sauvetage des écureuils tombés des pins. Nous étions vingt ou trente aux repas, mon père ne se reposait pas. Ma mère a dit stop, nous nous sommes retrouvés vers La Grande-Motte… où tous les copains nous ont suivis ! Nous sommes alors allés en Autriche, dans le Tyrol. »
COUP DE FOUDRE. Jacques Pic veut que sa fille fasse l’école hôtelière de Lausanne, mais elle choisit finalement des études de commerce, « pour avoir le choix ». Dans sa classe, à Paris, elle a le coup de foudre pour un Valentinois, David Sinapian. « En plus de toutes ses qualités, il me rassure. Et sa finesse d’analyse m’est très précieuse. » Le cycle international de l’école suisse la conduit à New York, à Singapour, à Tokyo, pour des marques comme Cartier. « J’ai découvert que j’aimais le luxe pour son aspect artisanal. »
DESTIN. La même année, en 1991, en vacances avec ses parents à Villerville, dans le Calvados, son père lui montre l’inscription « Mahu », sur le mur repeint du restaurant où il a fait son apprentissage. C’est le déclic. à 22 ans, elle décide d’apprendre à cuisiner auprès de lui. Mais trois mois après son retour, il est terrassé par une rupture d’anévrisme. Elle affronte alors la brigade de la maison, traumatisée par la mort du chef. « Comme lui, j’ai commencé
par la salle, la réception… Mon père n’a pas eu le temps de tout m’apprendre, mais il y a eu transmission au niveau du palais. Enfant, j’étais même un peu frustrée de ne pas manger, par exemple, de gâteaux industriels comme ceux que je trouvais parfois, le dimanche, chez ma grand-mère ! »
ÉTOILE. Le 21 février 2007, « à 18 h 36 », le directeur du guide Michelin lui annonce l’obtention de sa troisième étoile, que la maison avait perdue en 1995. « J’ai alors vu toutes les années défiler ! Quelle émotion ! Un lâcher de prise total… En dehors de la famille et de la cuisine, rien d’autre n’existait pour mon père. être chef, c’est la vie dans la vie, même si j’ai tenté de m’en affranchir ! »

